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Technologies intelligentes au service de l’hôpital de demain …

Voici un article qui met en avant la volonté d’une institution hospitalière de la région liégeoise de s’inscrire dans le mouvement des nouvelles technologies.

Il s’agit de l’hôpital de la Citadelle que j’ai déjà traité il y a plus d’un an lors du congrès du patient numérique.
Je vous invite à le lire et nous donner vos commentaires.

J.Bellon Relation publique SIXI. http://stories.lalibre.be/Inspire/numero35/index.html?ncxid=86D5CF1CD2AFEE605557C297315BE15B&m_i=Za5ZO7Rv6q5ExmGPsJQEXHHfdiUP0klAFS7zWDBLc_FHBpQABoG32JUEP8z1T_gIERPeLF710167YmgfhXpnK07G9K&utm_source=selligent&utm_medium=email&utm_campaign=&utm_content=&utm_term=_Copie+de+2018-01-01-LIBRE-INSPIRE-34_&M_BT=69296222

A Liège, le Centre hospitalier régional de La Citadelle a décidé d’accroître l’utilisation des technologies numériques pour développer de nouveaux services destinés aux patients et au personnel soignant. Des « e-services » qui doivent contribuer à une meilleure prise en charge du patient, même si celle-ci se fait à distance. Une évolution qui s’inscrit dans le cadre des « villes intelligentes », un concept encore balbutiant en Belgique.

Reportage Gilles Toussaint

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Bzzz Bzzz Bzzz… Le smartphone vibre dans la poche de Pierre. « D’importants pics de pollens sont attendus en région liégeoise ce mardi. Evitez les efforts en plein air. Pour rappel, vous avez rendez-vous en allergologie avec le Dr Martens le 15 mars à 13h30 et en cardiologie avec le Dr Harbaoui à 15h. »

Pierre fronce les sourcils et remet l’appareil dans sa poche. C’est râpé pour la séance d’entraînement fractionné en vue de son premier marathon programmé au mois de mai. Mais bon, la santé avant tout. Avec ses problèmes d’asthme, il préfère ne pas prendre de risque. Pierre est d’ailleurs curieux de voir ce que donneront les résultats des analyses réalisées grâce aux deux applications mobiles.
téléchargées il y a trois mois depuis la plate-forme web de l’hôpital. Outre les informations qu’il y enregistre lorsqu’il rencontre des difficultés respiratoires, celles-ci collectent également certaines données sur sa fréquence cardiaque et son programme d’entraînement.

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Des e-services hospitaliers

Sortie de notre imagination, cette scène est de moins en moins une fiction. A Liège, le CHR de la Citadelle a ainsi résolument décidé d’accélérer sa mue numérique pour se transformer en « smart

hôpital ». Objectif : accroître l’utilisation des technologies numériques pour développer de nouveaux services destinés aux patients et au personnel soignant. « Toutes ces évolutions vont se faire progressivement », souligne Benoît Degotte, aux manettes de cette transformation. En guise de fondations, le CHR a mis en œuvre, via son site web, une nouvelle plate-forme générique appelée à s’enrichir avec des applications dédiées à des services médicaux très précis au cours des prochaines années : suivi de patients migraineux chroniques, des personnes allergiques, de celles soumises à un programme diététique… Tout ou presque est envisageable en fonction de ce que le corps médical jugera opportun.

« Notre démarche n’est pas un projet IT, mais bien un projet hospitalier médical au service des patients et des médecins. Nous voulons mettre ces nouveaux outils au service de la médecine d’aujourd’hui, même si cela bouscule un peu les choses. »

Benoît Degotte, Directeur du Pôle achats, finance et système d’information du CHR La Citadelle

« On peut imaginer le suivi en temps réel de la glycémie des patients diabétiques ou de la courbe de poids d’un jeune enfant. Un médecin qui suit 150 patients souffrant de migraines pourra voir comment ceux-ci évoluent, la durée moyenne des crises et les améliorations observées en fonction des traitements. On pourrait aussi s’assurer avec un message de rappel que le nombre de cachets recommandés a bien été respecté. C’est donc également une manière de rendre le patient acteur de sa santé », illustre encore M. Degotte. Le tout en s’épargnant le remplissage fastidieux et souvent aléatoire de questionnaires papier.

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« Réinventer la relation médecin-patient »

Mais avant d’en arriver là, « il faut évidemment bien cadrer l’utilisation de ce type d’outil, sur le plan de la responsabilité médico-légale notamment. Il faut établir des protocoles avec des principes à respecter », insiste notre interlocuteur. « Certains médecins ont des réticences compréhensibles par rapport à la crainte de devoir répondre à des patients qui les solliciteraient sans cesse en ligne. La jeune génération est plus demandeuse que l’ancienne, mais avec une certaine prudence. Il ne faut pas non plus faire endosser au patient un rôle qu’il ne peut pas assumer, ce n’est pas parce qu’il transmet une information valide à ses yeux qu’elle doit automatiquement être considérée comme telle au niveau de l’hôpital. Et puis le patient doit aussi pouvoir choisir les données qu’il accepte de transmettre pour nourrir son dossier médical, avec toutes les garanties de sécurité nécessaires. » D’autant plus que ces e-services reposeront sur des applications de santé validées qui sont déjà disponibles sur de nombreux smartphones.

En résumé, tous ces changements induisent de « réinventer la relation médecin-patient ».

28 millions d’euros vont être investis dans les systèmes informatiques du CHR sur la période 2014-2019.

Le cahier des charges pour la création de ces « e-services » sera publié dans quelques semaines afin d’entamer les premiers développements dans le courant 2018. En guise de démonstration, un prototype destiné aux patients migraineux – qui a notamment valu un prix de l’innovation a l’établissement liégeois – a été créé, mais il n’est pas encore certain que celui-ci sera le premier à passer en phase « industrielle ».

C’est quoi une Smart City ?

Smart City par-ci, ville intelligente par-là. Né il y a une vingtaine d’années, ce concept à la mode est mis à toutes les sauces, au point que plus personne ne sait vraiment de quoi il en retourne. « Il n’existe pas de définition unanimement acceptée, chacun y va de sa propre définition en fonction des critères qu’il veut mettre en avant », confirme Carina Basile, directrice opérationnelle du Smart City Institute (HEC Liège). Au départ, poursuit-elle, c’est avant tout l’hypertechnologie qui était mise en avant. Tout ce qui était connecté était brandi en étendard de la modernité, qu’importe le bénéfice réel que ces projets apportaient à la collectivité. Mais les choses ont évolué, assure notre interlocutrice. « Pour notre part, nous considérons que la technologie n’est pas une fin en soi mais juste un moyen pour développer des villes où il fait bon vivre. » D’après les Nations unies, 70 % de la population sera en effet urbaine en 2050, ce qui va poser nombre de défis. « On ne pourra plus vivre demain comme aujourd’hui car les ressources sont limitées. Il va donc falloir mettre des choses en place afin de nous aider à changer nos comportements : la façon de nous déplacer, de transporter des

marchandises, de valoriser les déchets, etc. En Belgique nous devons aussi faire face au vieillissement de la population qui aura besoin de nouveaux services », commente encore Mme Basile.

Les villes belges encore frileuses Si la dynamique « Smart City » fait doucement son nid dans notre pays, on est encore loin d’une lame de fond. Selon le baromètre 2017 réalisé par le Smart City Institute, environ deux tiers des communes belges se sentent concernées par ce concept. Mais bien que des projets fleurissent ici et là, une large partie d’entre elles demeurent frileuses lorsqu’il s’agit de le mettre en œuvre, en particulier au Sud du pays. « Certains se sentent un peu démunis face au challenge technologique. Il y a aussi clairement une crainte ou en tout cas une méconnaissance chez certains politiques qui ont peur de voir naître une ville qu’ils n’ont pas choisie », observe notre experte. Or, de tels projets exigent une vision stratégique à long terme, en prévoyant par exemple de déployer systématiquement des réseaux de fibre optique lors de travaux de voirie, même si ceux-ci ne seront pas immédiatement utilisés. Une manière d’éviter de faire (et de payer) deux fois le travail.

Prendre le pouvoir sur la technologie Beaucoup de ces nouveaux services reposeront en effet sur la collecte et l’exploitation de certaines données numériques. Tout l’enjeu sera de disposer d’un cadre légal et éthique qui permettra de rassurer les citoyens quand à l’usage qui est fait de ces informations et, partant, de faciliter l’acceptation sociale de ces technologies. Le règlement européen sur la protection des données, qui entrera en vigueur en mai prochain, constituera une première base en la matière.

Enfin, l’un des principaux écueils est de bâtir une vision commune entre tous les acteurs. Dans ce contexte, les partenariats public-privé doivent être encouragés, estime Carina Basile, car les entreprises « ont souvent des solutions à proposer et des moyens que les pouvoirs publics n’ont pas ». « Pour définir les objectifs poursuivis, il faut mettre autour de la table toutes les parties prenantes : pouvoirs publics, entreprises, citoyens, centres de recherche… Il faut faire appel à l’intelligence collective pour développer la créativité qui donnera naissance à ces nouveaux services, mais évidemment en y mettant un cadre. Qu’on le veuille ou non, la révolution numérique est déjà en cours. Plus tôt on s’outillera pour comprendre comment cela fonctionne et la maîtriser, plus tôt on pourra choisir ce que l’on veut vraiment en retirer collectivement. »

Une prise de rendez-vous sur mesure

Dans un premier temps, le site web du CHR offre déjà deux nouveaux canaux de communication destinés aux patients et aux médecins. Après la création d’un compte qui utilisera un système d’identification sécurisé, le premier cité permet notamment aux patients de planifier eux-mêmes leurs rendez-vous au sein d’un

service de l’hôpital à la date qui leur conviennent le mieux, sans avoir à passer par le call center. « Nous enregistrons 600 000 visites annuelles et l’on assiste à des pics d’appels durant certaines tranches horaires, qui entraînent inévitablement des files d’attente. Cette alternative de prise de rendez-vous en ligne demande elle aussi un peu de temps, mais les personnes ne sont pas passives derrière leur téléphone et elles ont le sentiment de maîtriser les choses. Elles peuvent le faire quand elles veulent, même en dehors des heures d’ouverture du CHR et choisir directement le créneau qui les arrange le mieux sans avoir à ‘marchander’ avec le secrétariat médical. Elles peuvent en outre annuler un rendez-vous ou le reprogrammer si une plage qui les arrange mieux a fait l’objet d’un désistement », explique Benoît Degotte.

600 000 – Le nombre de consultations enregistrées annuellement par le CHR – La Citadelle.

Par la suite, ce canal leur permettra d’accéder aux « e-services » qui seront proposés progressivement. « Vous pourriez, par exemple, indiquer vos restrictions ou vos préférences alimentaires avant une hospitalisation, réserver un parking, etc. » Le second canal, destiné aux professionnels, vise pour sa part à améliorer la communication avec le personnel soignant interne et externe. Il s’adresse notamment aux médecins de famille, mais devrait concerner à moyen terme tous les intermédiaires de santé entre le patient et l’hôpital (infirmières à domicile, mutuelles…). Il propose une plate-forme de formation en ligne, mais doit également permettre à terme d’informer les généralistes de l’hospitalisation de l’un de leurs patients ou encore de prendre connaissance des dernières analyses médicales dès que celles-ci sont disponibles. Avec à la clef un gain de temps considérable par rapport aux procédures actuelles.

Mieux se déplacer, moins gaspiller…

Bien utilisées, les technologies numériques peuvent contribuer au bien commun en ville, mais aussi à la campagne. Dans le domaine de la mobilité, on peut citer le déploiement de système de transport intelligent, comme l’envisage la ville de Namur. Grâce à la collecte et au traitement des données de circulation en temps réel, les navetteurs pourront être informés via des écrans installés le long des axes

stratégiques ou via leur smartphone des places de parking disponibles ou encore de la présence d’un accident qui crée un embouteillage. Ils se verront aussi proposer des alternatives de transport (bus, vélo partagé…) à proximité qui leur permettraient d’arriver plus rapidement à bon port. Le projet, censé se concrétiser à la fin de cette année, a pris du retard.

En matière de gestion des ressources, la commune de Comblain-au-Pont a pour sa part équipé certains bâtiments publics de « disjoncteurs d’eau » qui détectent les pertes sur le réseau et coupent l’alimentation quand cela s’avère nécessaire. Un système dont on comprend mieux l’utilité quand on sait que des fuites en série lui avaient coûté la bagatelle de 50 000 euros au cours des cinq dernières années. On peut encore citer l’émergence de plates-formes digitales facilitant la participation citoyenne au développement de leur ville comme l’a récemment illustré le projet #RéinventonsLiège

Un hôpital connecté à sa ville

Mais Benoît Degotte envisage aussi ces changements dans un cadre plus large que la seule enceinte de l’hôpital. « Nous voulons un smart hopital connecté à sa smart city », sourit-il, en avançant une série de pistes concrètes. « On pourrait imaginer de se synchroniser avec les systèmes d’alerte mis en place par la Ville lors des plans canicule ou des pics de pollution, en envoyant des informations médicales ciblées. Dans un autre registre, alors que nous enregistrons 1000 décès et 2500 naissances annuelles, on peut très bien envisager une formule de déclaration en ligne depuis une smartroom dans l’hôpital. Cela faciliterait la gestion administrative et éviterait des déplacements vers l’hôtel de ville. On pourrait également collaborer pour la gestion de la mobilité dans le quartier ou, dans certains cas, pour la mise à disposition par vidéo-conférence des traducteurs dont nous disposons au sein du personnel de l’hôpital. Au total, cela représente plus de cinquante langues…