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2017 Articles Octobre Sixi

Les nouvelles technologies sont une opportunité pour « humaniser » l’hôpital (architectes)

http://www.techopital.com/les-nouvelles-technologies-sont-une-opportunite-pour-humaniser-l-hopital-(architectes)-NS_2144.html
Le titre semble opposé à ce que parfois nous pensons ….encore faut il que les choix décidés soient au service du patient.
Je vous invite à nous donner vos réflexions…
JBellon
RP SIXI
Les nouvelles technologies sont une opportunité pour « humaniser » l’hôpital (architectes)
Crédit: Fotolia/Pixelbliss
Crédit: Fotolia/Pixelbliss

Les nouvelles technologies, en particulier de robotique et de suivi du parcours patient, constituent une opportunité pour « humaniser » l’hôpital en libérant du temps de soignants, ont estimé plusieurs architectes spécialisés dans la santé.

Jean-Philippe Pargade, Caroline Rigardies (cabinet Pargade architecte), Eric Giroud (Jacobs France) et Denis Bouvier (Groupe-6 architectes) se sont exprimés lors des 56èmes journées d’études et de formation d’Ingénieurs hospitaliers de France (IHF), organisées du mercredi 8 au vendredi 10 juin à Avignon.

« Presque toutes les générations ont aujourd’hui intégré le numérique », a observé Caroline Rigardies. « Il est certain que ces changements vont nous accompagner à l’hôpital ».

L’idée derrière le recours aux nouvelles technologies doit être « de favoriser le bien-être et de faciliter le travail à l’hôpital ». Au Japon, a relaté l’architecte, les robots ont déjà intégré les établissements de santé.

Ils accomplissent « les tâches difficiles pour le personnel, comme de soulever les patients pour les mettre sur leur lit, etc. ».

Au Japon toujours, des hôtels utilisent des robots pour accueillir les visiteurs. « Ils ont l’avantage de parler toutes les langues », a souligné Caroline Rigardies.

« On peut très bien imaginer qu’à l’hôpital ce soit un avantage d’avoir un robot comme ça […] pour orienter les patients qui ne parlent pas français », a-t-elle observé.

Dans la même veine, il existe des automates faisant office de guide et acheminant « les patients jusqu’à leur lieu de consultation ».
Parcours de soins numériques

Pour Caroline Rigardies, les avancées en matière de « tracking system » (localisation à distance des objets et des personnes) contribueront également à améliorer le parcours du patient. « Grâce à un bracelet reconnu à l’entrée », il serait possible de savoir « où il est » à chaque instant et éventuellement de modifier son parcours de soins « au dernier moment ».

Il existe déjà des systèmes rappelant à l’usager l’imminence de son rendez-vous, ainsi que d’éventuelles consignes sur son séjour, a rappelé l’architecte.

Dans ce contexte, on peut imaginer qu’il arrive le lendemain, plus « tranquille », et qu’il s’enregistre sur une borne. Cette dernière imprimerait alors un résumé de ses soins, sur lequel apparaîtraient les différents lieux et horaires de son parcours, a expliqué Caroline Rigardies.

Elle a également évoqué l’existence de « lits intelligents, qui surveillent les changements de température, l’humidité, qui contrôlent si le patient est dans son lit » ou s’il en est éventuellement tombé.

De façon plus certaine encore qu’au contact des usagers, la machine devrait occuper une place toujours plus grande dans la logistique. Pour l’architecte du cabinet Pargade, l’hôpital est en train de devenir un hôpital « beaucoup plus de flux que de stockage ».

Son collègue et fondateur du cabinet, Jean-Philippe Pargade, a estimé un peu plus tôt au cours de la conférence que cette contrainte poussait à concevoir des hôpitaux « en trois dimensions », rappelle-t-on (cf APM PM8O8H6V2).

Caroline Rigardies a appuyé cette idée, estimant que le développement de flux tendus en permanence (« les robots travaillent nuit et jour ») allait modifier « la forme » de nos établissements de santé.

Moins de besoin de stockage de proximité est synonyme d' »unités plus compactes » et de davantage d’espace pour « rapprocher le personnel des patients », a-t-elle souligné.
Plus de technologie égal plus de temps pour les soignants?

Mais qu’en est-il du bien-être des patients toujours plus au contact de la machine, s’est-elle interrogée? Tous ces « outils » ne risquent-ils pas de « déshumaniser » l’hôpital?

« La tentation du robot, c’est de remplacer le personnel » simplement pour faire des économies, a mis en garde le président d’IHF, Jacques Roos.

Le numérique devrait effectivement « changer les métiers », et particulièrement celui des ingénieurs, a observé Jean-Philippe Pargade. Mais « si l’on sait se l’approprier », la technologie peut apporter « une nouvelle liberté pour se recentrer sur le bien-être » des patients.

Quelles que soient les possibilités apportées par la machine, le « besoin de contact humain » demeurera, a anticipé l’architecte.

Un point de vue partagé par l’ensemble des intervenants. Pour Caroline Rigardies, « il faudra être très attentif à ne pas supprimer ce travail des humains », mais plutôt à le concentrer sur le « soin aux patients ».

« On rencontre beaucoup d’infirmières qui se plaignent de n’avoir pas le temps de dire trois mots à leurs patients », a-t-elle fait valoir.

Denis Bouvier a lui aussi vu dans les nouvelles technologies l’opportunité d’améliorer l’environnement et les soins. « L’hôpital des années 60 était un long couloir » qui n’offrait pas forcément une « expérience de vie » optimale, a-t-il souligné.

« La technologie doit se mettre au service de l’humain », a-t-il plaidé. C’est de toute façon le contact avec le patient qui donne tout son « sens » aux métiers des soignants. Il faudra donc « cultiver et intensifier cette relation ».

Eric Giroud s’est lui aussi montré catégorique: « Le soin, c’est un contact direct entre un soignant et un patient. Toute personne qui cherche à dénier cette réalité de base est forcément dans l’erreur ».

De l’avis des différents orateurs, il est vain de lutter contre l’arrivée des nouvelles technologies à l’hôpital. Mais il appartient aux concepteurs des établissements de demain de s’assurer que le bien-être du patient reste l’enjeu central.

Pierre Martin